LDH : « La question des prisonniers politiques constitue un des enjeux de ce dialogue attendu par les Corses. »

Depuis près de quatre ans, au travers de plusieurs scrutins, les deux dernières élections territoriales, la dernière législative et la dernière élection municipale, les Corses ont exprimé et confirmé des attentes politiques précises : plus de droit, plus de responsabilité, plus de reconnaissance et plus de maîtrise de leur destin.

Le dialogue qui semble vouloir être engagé du côté du gouvernement doit prendre en compte ces aspirations et non pas rappeler systématiquement des lignes rouges à ne pas dépasser.

La question des prisonniers politiques constitue un des enjeux de ce dialogue attendu par les Corses. A terme, il doit signifier l’autodissolution des organisations clandestines et la fin de la répression politique. Dans l’immédiat, du côté de l’Etat et conformément à la loi, il doit se concrétiser par le rapprochement de tous les prisonniers politiques. La question de l’inscription au FIJAIT doit être aussi examinée attentivement. Les conséquences de cette inscription suscitent des protestations légitimes et provoquent de nouvelles tensions.

Lors de son récent déplacement en Corse, madame Gourault a fait plusieurs annonces qui permettent enfin d’envisager un dialogue. Elle a notamment annoncé la possibilité d’une inscription de la Corse dans la Constitution. La constitutionnalisation de la Corse est la suite logique des évolutions institutionnelles que connaît la Corse depuis plusieurs décennies. Elle garantirait une reconnaissance de la singularité corse au plus haut niveau législatif. Cette annonce doit désormais être confirmée au plus vite pour entrer pleinement dans un calendrier de travail.

La possibilité d’une plus grande maîtrise de notre destin via un droit à la différenciation législative constitue aussi une perspective intéressante. Elle donnerait plus de pouvoirs de décision aux élus. Par voie de conséquence, elle doit donner plus de droit politique aux citoyens, notamment celui de voter ou d’être élu quels que soit sa filiation ou son lieu de naissance.

Pour illustrer ce que pourrait être une mise en œuvre du droit à la différenciation, madame Gourault a établi un lien entre ce nouveau droit et la loi Littoral, suscitant des protestations légitimes. L’Etat a rectifié ce propos. Toutefois, celui-ci est révélateur d’une empreinte forte de la désanctuatisation sur le modèle de développement de la Corse envisagé par l’Etat et revendiqué par certains élus et acteurs économiques. L’entreprise, l’accumulation capitalistique, la déréglementation sont au cœur de ce modèle. Le creusement des inégalités sociales et territoriales en sont les conséquences. L’abstention lors de la dernière élection territoriale est l’expression de la mise à l’écart de plus en plus de citoyens de ce projet de société déjà à l’œuvre.

Le développement de la Corse ne saurait être projeté sans une responsabilité sociale et environnementale que partagent l’Etat et les élus, mais les citoyens au travers notamment des syndicats et des associations. Le conseil économique social culturel environnemental constitue un interlocuteur. Au-delà, c’est l’ensemble des associations et des citoyens qui doivent être parties prenantes des discussions entre l’Etat et la Corse. Le dialogue attendu est aussi celui d’une autre démocratie.

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